Les mutations de l’univers de l’expertise en automobile – Entretien avec Antoine JOVE, DG adjoint de BCA Expertise

LES EXPERTS EN AUTOMOBILE SUR LA ROUTE DE L’INNOVATION !

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Antoine JOVE, directeur général adjoint de BCA Expertise

En 1955, l’organisme d’assurance l’Urbaine de la Seine porte sur les fonts baptismaux du marché de l’automobile, démarrant sa pleine expansion, BCA (Bureau Commun Automobile), une association loi 1901 qui a pour objet d’expertiser les automobiles sujets à des accidents et d’aider en cela l’assureur. Devenue depuis société, BCA Expertise s’est imposée comme leader de la profession : 1200 collaborateurs dont 600 experts et 300 gestionnaires de clientèle répartis dans 89 agences sur l’ensemble du territoire français, chiffre d’affaires 110 millions d’euros pour 1 million de missions d’expertise annuelles. Elle a gardé ses attaches avec le monde de l’assurance puisque les principaux clients associés de BCA Expertise sont les groupes AXA, MAAF-MMA, GENERALI, PACIFICA (Crédit Agricole), GAN, AVIVA. En tout 27 assureurs associés et 11 assureurs non associés ! Par ailleurs, BCA Expertise réalise des prestations pour d’autres clients parmi lesquels des constructeurs ou importateurs d’automobiles, des loueurs, des flottes de grandes entreprises, des réseaux de centres auto, des transporteurs.
Son champ d’activités concerne toutes les natures de dommages : pannes mécaniques, petites collisions, valeurs avant et après sinistre, aide à la vente de véhicules accidentés, accidentologie, responsabilité civile professionnelle, protection juridique, fraude. « L’expert fait chaque jour la tournée des garages, explique Antoine Jove, directeur général adjoint de BCA Expertise, il examine l’état du véhicule, vérifie l’identification et l’imputation (Est-ce la bonne voiture ? Est-ce que les dégâts constatés sont liés au choc ?), et ensuite il détermine la méthodologie de remise en état. »

Jusqu’il y a moins de cinq ans, tout allait pour le mieux, bon an mal an, dans l’univers très fermé de l’expertise en automobile. Mais l’environnement a changé, avec un constat sans appel : le nombre des sinistres baisse tous les ans, « et notre activité aura chuté de moitié à échéance de 5 à 10 ans », dit Antoine Jove. Les raisons en sont simples : amélioration des routes et des véhicules. On produit de plus en plus des véhicules dits autonomes voire intelligents, avec des systèmes antichoc perfectionnés, « ce qui va considérablement faire baisser le nombre des petits sinistres, qui constituent, d’une certaine manière, notre fonds de commerce. » Le nombre des voitures va également diminuer, les jeunes étant friands des véhicules partagés. « Cette baisse d’activités risque d’être mortelle pour nous. Nous sommes comme certaines entreprises florissantes, je pense à Canon par exemple, qui avaient des activités qui ont aujourd’hui disparues. Certaines sociétés ont disparu avec elles. »

BCA Expertise a décidé de se ressaisir. À la suite d’un plan d’entreprise élaboré il y a trois ans, la société a créé une autre structure, CAR SECURE avec la gamme Experveo, qui ne s’adresse plus aux assureurs et aux garagistes, mais aux particuliers, tout en s’appuyant sur les forces vives de BCA Expertise. « Il n’y a pas de disruption dans notre activité, constate Antoine Jove, qui a pris la présidence d’Experveo. Nous ne changeons pas fondamentalement de métier, nous changeons de clientèle ! Mais si nous voulons parler de disruption, on pourra l’évoquer pour cette nouvelle structure qui va au-devant de nouveaux besoins, avec la création d’une autre organisation, la création d’une marque, d’un autre marché, d’un autre produit. »

Ainsi, l’expert d’Experveo, issu du réseau national organisé de BCA Expertise, entre en contact avec un particulier et le rencontre pour sécuriser son achat ou faciliter sa vente d’un véhicule d’occasion. Si on peut même acheter une expertise en ligne, l’expert en automobile se déplace toujours pour examiner le véhicule.

L’opération de vases communicants entre BCA Expertise et Experveo, qui passe par les tuyaux du réseau des 600 experts, est lancée depuis deux ans. Le temps est compté, mais Antoine Jove est confiant : « Nous savons que nous avons cinq ans pour développer Experveo. Nous savons aussi qu’il y a des marchés à prendre pour BCA Expertise, dans la mesure où nous ne possédons que 30% de parts de marché. Il reste que pour BCA Expertise, ce que nous vivons aujourd’hui est une affaire nouvelle. Une affaire qu’il nous faut réussir. »